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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 14:27

Une chercheuse en psychologie américaine Lisa Feldman Barrett est à l’origine du concept de « granularité émotionnelle », il s’agit de la capacité à caractériser un état émotionnel avec précision.

De plus en plus d’études étudient ce concept, il en ressort que les sentiments désagréables précisément identifiés permettent aux gens d'être plus flexibles pour réguler les émotions et d'être moins susceptibles d’avoir des comportements problématiques comme  boire trop  quand ils sont tendus. Il y a fort à parier qu’il en soit de même pour tous les comportements qui nous posent problème comme manger excessivement en réaction à l’ennui, ou s’isoler lorsque nous éprouvons de l’inconfort avec notre corps.

Il semblerait que chaque fois que nous sommes en mesure de ressenti r et de mettre en mots précisément ce que nous vivons notre cerveau aide toute notre physiologie, tout notre organisme à s’adapter.

Celui qui a une grande granularité émotionnelle est capable d’utiliser un vocabulaire émotionnel riche pour décrire ce qu’il ressent et il est capable d’apporter des nuances à son ressenti, pour lui la contrariété n’est pas la même chose que la colère ou que la furie, chacun de ces mots décrient un ressenti émotionnel proche mais différent. A l’opposé celui qui a une faible granularité aura tendance à utiliser des mots plus génériques comme « je me sens mal », « ça ne va pas », « je ne me sens pas bien » et d’une manière générale la variété de son vocabulaire émotionnel est plus faible.

En tant que cliniciens nos constats vont souvent dans ce sens, nos patients les plus englués dans leur souffrance présentent beaucoup de difficulté à pouvoir nommer leurs ressentis  avec précisions.

Patricia a 42 ans, elle consulte pour manger plus sainement, elle a identifié que ses émotions la poussaient à manger trop. Lorsque nous l’interrogeons sur ce qu’elle ressent avant de se nourrir sa réponse est toujours la même « je sais juste que ça ne va pas ».

Ce manque d’habilité peut être en lien avec le contexte éducatif dans lequel nous avons pu grandir. Si dans notre enfance nos parents présentaient également une granularité émotionnelle faible il se peut que nous n’ayons pas appris à nous connecter à nos ressentis.

Ce fut notamment le cas de Patricia qui a vécu dans une famille dans laquelle on ne parlait pas de ce que l’on pouvait ressentir.

« J’avais bien conscience que quand j’étais ado  des fois en moi ça n’allait pas mais dans ma famille on ne ne parlait pas de ça (... ) Quand grand-mère est décédée j’avais 14 ans je voyais bien que maman était triste mais il y avait tellement de pudeur que personne à la maison n’aurait osé mettre en mot ce qu’elle pouvait bien éprouver »

L’exemple de Patricia met également en évidence l’impact délétère que peut avoir un environnement familial  dans lequel il est difficile d’être validé dans son ressenti.

La difficulté à mettre en mots notre ressenti émotionnel peut aussi être post-traumatique, suite à un stress majeur (agression physique, viol, accident…) ou à une succession d’agression répétée (maltraitance pendant l’enfance)  il est fréquent de se dissocier de l’expérience émotionnelle. Cette dissociation, c'est-à-dire la capacité à se couper de l’expérience, à être anesthésié émotionnellement, représentait une forme d’utilité lorsque les évènements traumatiques se déroulaient. Le problème est que cette tendance à la dissociation peut perdurer et se généraliser à toutes menaces. Dans ce cas là lorsqu’une émotion est perçue comme inconfortable, la personne se coupe totalement de son ressenti et a donc beaucoup de difficultés à nommer ce qu’elle peut émotionnellement vivre.

Jeanne a 28 ans, enfant elle a été victime à de nombreuses reprises, durant son enfance, d’agressions physiques et sexuelles, chaque fois que ces horreurs se produisaient elle se coupait totalement de l’expérience.

« C’est comme si j’étais là sans être là, spectatrice de ce qui m’arrivait. J’avais même parfois l’impression que ça ne m’était finalement pas arrivé. Ça rendait les choses supportables quelque part »

A 13 ans Jeanne tomba dans l’anorexie comme une manière d’être totalement dissociée des souffrances de son existence.

«  J’avais tellement l’habitude de me couper de mon ressenti que quelque part c’était naturel pour moi. L’anorexie c’était comme couper tout ressenti, ça me permettait de ne pas souffrir, en étant coupé de mon corps je me coupais aussi des émotions en lien avec la féminisation de mon corps et la peur que ça générait chez moi ».

Jeanne a renoué avec la vie en apprenant à faire de la place à ses émotions, cela est en partie passé par la capacité à pouvoir nommer son ressenti qu’il soit agréable ou non.

« j’ai su que j’avançais dans le bon sens quand j’ai pu ressentir et mettre en mots le fait que j’étais triste et en colère quand je repensais à ce qui m’était arrivé enfant. Je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps lorsque j’ai réussi à dire « je me sens tellement triste d’avoir vécu ça », je me souviens que mon corps s’est mis à trembler… et j’ai su que maintenant j’étais capable de vivre avec ça. (…)… »

Si comme Jeanne vos difficultés à connecter vos émotions sont en lien avec des évènements de vie douloureux, traumatiques nous ne pouvons que vous inviter à consulter un psychothérapeute compétent.

D’une manière générale l’aptitude à mettre en mots nos expériences émotionnelles peut s’apprendre à tout moment de la vie, cela passe notamment sur l’apprentissage, la compréhension  et l’utilisation de nouveaux mots.

 

Petit exercice

Régulièrement interrogez-vous sur votre ressenti émotionnel si les mots qui vous viennent sont très génériques du type « ça va », ou « je me sens mal » regardez s’il est possible pour vous d’utiliser un mot un tout petit peu plus précis.

 Vous pouvez pour cela vous aider de la liste suivante présente sur le site la voie de l’écoute :

http://www.voie-de-l-ecoute.com/DOC_SAVOIR/34.pdf

 

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 18:27

Commençons par la visualisation de la vidéo suivante

 

 


 

 Mon métier de diététicien m'offre la chance d'accompagner de nombreuses personnes souffrant de troubles alimentaires comme la boulimie ou l'hyperphagie.


Le travail comportemental que je propose donne, dans la plupart des cas, des résultats assez rapidement (réduction du nombre de crise de boulimie, moins de restrictions...) toutefois d'une manière paradoxale un grand nombre de patient n'a pas conscience de ces améliorations et restent focaliser sur ce qui ne va pas. Tout se passe comme si leur focale attentionnelle était uniquement dirigée vers leurs sensations et émotions désagréables en lien avec leur problématique.


Le travail que nous proposons doit donc amener la patient à ouvrir son champ attentionnel à toutes les sensations et perceptions possibles : désagréables comme agréables.


L'idée n'est pas de nier la souffrance ou de la réduire mais bien d'élargir la focale.

 

La pleine conscience est un outil intéressant, elle vise à ce que nous soyons davantage  présent à nous-mêmes pour accueillir les différences expériences que nous vivons. En apprenant à "être dans le moment" nous vivons mieux les expériences désagréables et nous profitons mieux des expériences agréables.

 

Belle journée

 

Florian

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 12:59

Bonjour Mr Saffer, je souffre depuis près de 10 ans de boulimie nocturne. Je me gave toute la nuit un peu comme un robot, je me couche en ayant le sentiment d'être sale... je suis écoeurée toute la matinée et j'ai du mal à me nourrir avant 18h. Je ne sais plus quoi faire. J'ai organisé ma vie autour de cette maladie, je ne travaille que l'après midi pour pouvoir dormir en matinée, j'ai renoncé à avoir une vie de couple... J'aimerai m'en sortir.

Anna

Bonjour Anna, 

vous semblez souffrir d'un trouble alimentaire appelé "night eating syndrome". Le trouble de l’alimentation nocturne (night-eating syndrome ou NES) consiste en une anorexie matinale, une hyperphagie en fin de journée et une insomnie.Les troubles de l’alimentation nocturne se traduisent par un décalage de la prise alimentaire dans la soirée. Les personnes qui souffrent de ces troubles ne mangent rien avant le début, voire la fin de l’après-midi. Elles consomment de grandes quantités de nourriture pendant, et surtout après le dîner, éventuellement jusque tard dans la nuit. Leurs habitudes alimentaires les poussent à ingérer 50% de tous les aliments avalés quotidiennement après 20h. Elles souffrent bien souvent de troubles du sommeil et se relèvent  la nuit pour manger, dans un état proche du somnambulisme. Certaines personnes décrivent une amnésie des crises dont ils ont la preuve en retrouvant les restes de leur festin le lendemain. L’absence d’appétit le matin et, par conséquent, le refus de prendre un petit déjeuner est constamment associé au NES.

Il existe plusieurs pistes vous permettant d'avancer face à cette problématique:

- la première consiste à retrouver un rythme de vie. Dans les cas de NES l'horloge biologique et beaucoup de sécrétions hormonales (cortisol, mélatonine...) sont désynchronisées: il est conseillé de se lever le matin et de s'exposer à la lumière afin de remettre à jour cette horloge interne. La lumière du soleil a une influence très importante sur la sécrétion de mélatonine.

Retrouver un rythme alimentaire est également une priorité; afin de faciliter la resynchronisation de l'horloge biologique et les sensations de faim, il semble central de faire un vrai repas à midi et sur le dîner(et cela même si la faim est basse). En effet en mangeant plus en journée l'impulsion nocturne est forcement réduite; cette impulsion, bien que souvent en lien avec les émotions, est en grande partie due au manque d'apport énergétique en journée.

- la seconde piste consiste à améliorer le rapport à l'alimentation et au poids. Il est fréquent que les patients souffrant de NES soit piégés dans le cercle vicieux suivant : compulsion nocturne --> culpabilité/peur de grossir --> restriction en journée/hypercontrôle alimentaire --> augmentation de l'anxiété face au poids --> perte de contrôle nocturne. Mon expérience clinique me montre que pour certains patients 50 à 80% du temps est consacré à contrôler cette anxiété.
Ce travail, comme vous le comprenez demande un vrai travail sur les émotions qu'il semble important de réaliser avec un professionnel compétent. 

- la troisième piste consiste à mieux gérer le stress et l'anxiété. Il est fréquent que les crises soient majorées par le stress. Cohérence cardiaque, méditation en pleine conscience... peuvent être des alliés utiles permettant de mieux vivre avec l'anxiété.

- la dernière piste consiste à réinvestir une vie qui a du sens. Le trouble réduit la vie à contrôler les symptômes. Comme vous l'évoquez Anna votre vie est organisée autour de la maladie ce qui vous coupe certainement d'activité importante pour vous (voir du monde, avoir des activités plaisantes, construire une vie de couple...). 

Dans tous les cas je ne peux que vous encourager à consulter. Il me semble pertinent que vos soins soient coordonnés par un psychiatre. Ce dernier pourra éventuellement vous prescrire un traitement médicamenteux si besoin. Un travail psychothérapeutique ainsi qu'une prise en charge diététique pourront compléter votre traitement.
J'insiste beaucoup sur le fait de choisir des professionnels compétents ayant une bonne expérience dans la prise en charge des troubles alimentaires.

Je vous souhaite beaucoup de courage dans cette démarche.

 

Florian

 

#night eating syndrome #chronobiologie #boulime nocturne # sommeil #diététique comportementale #TCA #psychonutrition

 

 

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 08:59

Voici un schéma simple mettant en avant les mécanismes alimentant la problématique de la boulimie.

Boulimie therapie comportementale1

Ce schéma bien que simpliste permet de comprendre les différents axes de la prise en charge thérapeutique.


Cette prise en charge implique notamment un travail de fond sur l'image corporelle et l'influence des schémas de pensées sur les comportements alimentaires.

Des pensées en lien avec l'image corporelle  comme "personne ne pourra aimer une grosse vache comme toi" sont souvent associées à un fort sentiment de honte. Les restrictions caloriques peuvent être perçues comme une réaction à ce sentiment de honte visant à atténuer ce ressenti.
La crise de boulimie peut être considérée comme la réponse logique de l'organisme à la privation et aux frustrations induites. La boucle est à nouveau réalimentée par la honte d'avoir perdu le contrôle.
Cette honte est alors associée à des pensées rigides dichotomiques (ex: "si tout n'est pas parfait, tout est loupé"...). C'est cette même honte qui est à l'origine des restrictions compensatoires ("vu comme tu as mangé, demain c'est restriction").

 

Le travail réalisé en thérapie d'acceptation (ACT) vise justement à ne plus être l'esclave de cette émotion.
 
Ce travail permet d'entrainer plusieurs habiletés :

 

- l'accueil bienveillant des différentes émotions désagréables comme la honte ou l'anxiété de prendre du poids

- la défusion, c'est à dire la capacité d'observer ses pensées désagréables avec un peu de distance

- le contact avec le moment présent (y compris en présence d'émotions désagréables)

- la réalisation de choix en cohérence avec les choses importantes (amis, famille, santé...) et cela y compris en présence d'émotions désagréables

 

Florian Saffer
Diététicien
Thérapeute comportementaliste - thérapeute ACT

 

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 13:42

Quelle attitude adopteriez-vous avec une amie en difficultés avec la nourriture?
La bienveillance, la compassion, la tolérance...n'est-ce pas?
Pensez-vous que devant vos difficultés vous puissez vous comporter avec vous comme avec votre meilleure amie?

 

#compassion pour soi #self compassion diet

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Le DVD

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Le livre sur la matrice ACT

Livre sous la direction de Kevin Polk et Benjamin Schoendorff comprenant un chapitre dédié à l'utilisation de la thérapie ACT dans les troubles alimentaires rédigé par Florian Saffer.
Livre dédié aux professionnels