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Article de mon confère et ami Nicolas Sahuc

 

Bonne lecture

 

Diététique et troubles alimentaires:

En reprenant l’historique de l'évolution du comportement alimentaire, se nourrir débute en étroite relation avec la mère. Premièrement par le cordon ombilical, deuxièmement par le sein ou l’allaitement et pour se terminer par une séparation en intégrant les habitudes familiales. Ces choix vont évoluer dans le temps au grès des découvertes et des expériences de vie. Les seules questions qui se posent pour l'enfant sont autour du goût et de l’acceptation de nouveaux mets, soit une gestion de la néophobie. Plus tardivement la notion de santé, de coût, de disponibilité, d’ambiance, de contexte et de facteurs personnels vont influer sur nos choix alimentaires. L'influence de ces divers paramètres va poursuivre la construction de l'identité alimentaire. C'est un des objectifs d'une personne souffrant de troubles alimentaires,  retrouver son identité, qui se résume "à manger" sans se poser de question. 

C'est l'enjeu dans la rémission d'un trouble alimentaire. 

Cette recherche de maîtrise exprime une souffrance personnelle ou une difficulté émotionnelle non verbalisée. Ce comportement est pour ainsi dire "inné", ce n'est pas une stratégie par choix conscient réfléchit. Après cette adaptation à la difficulté émotionnelle, le "poids" de l'image corporelle prend "toute la place". Il en résulte des comportements inadaptés mais justifiés sur le choix des aliments. Ces derniers vont être scrutés, classés, écartés lorsqu'ils ont un possible impact sur le corps. L'identité alimentaire en est modifiée remplacée par des croyances nombreuses et difficiles à contre argumenter. Les médias actuels "alimentent" ce débat autour de la place de l'image corporelle et sur l'effet des aliments sur notre corps. 

La problématique émotionnelle glisse vers un trouble du rapport à l'identité alimentaire et corporelle, traduisant une perte de sa propre identité et une perte de sens, qui s’exprime par un TCA. L'objectif est de remettre du sens dans l'identité et le comportement alimentaire qui serait l'envers de TCA soit "ACT, redonnons du sens au comportement alimentaire". Le lien est aisément fait avec la thérapie ACT qui aide le patient à s'engager dans sa vie et non sur la problématique alimentaire et corporelle.

Afin de répondre à leurs problématiques corporelles et donc à cette relation consciente entre le corps et les aliments, les patients vont chercher des réponses dans la pratique des régimes. Ils deviennent des experts de la composition des aliments, une pratique: l'"Assietologie" (N. Sahuc). Ils ne sont pas des experts de la "diététique". La diététique a pour étymologie "dieta", qui en Grec signifie: "Art de vivre" dans lequel le verbe "manger" est associé à "bon, juste, sain, en accord avec soi-même et la notion de plaisir" sont les piliers de ce comportement alimentaire.

Les "assietologues", sont bien loin des Stoïciens et d'Epicure, proposant des régimes pour aider les patients à "m'aigrir". La pratique de l'assietologie devient à terme un vrai casse-tête chinois pour les patients.

 

Le piège à doigt Chinois

Cette image exprime comment les patients se retrouvent piégés dans des relations difficiles à la nourriture avec la peur intense de grossir. 

Par réaction classique, après avoir mis les 2 doigts dans le cylindre représentant ce casse-tête Chinois, notre cerveau émotionnel nous conduit (une des 3 réactions: fight, fly or freeze) à nous enfuir de ce piège, en tirant vers les extérieurs et de manière opposée nos index. Ce qui a pour conséquence de déclencher le mécanisme des 2 crémaillères. Une nouvelle peur naît de cette situation et pour s'en sortir on reproduit le même réflexe…bloquant encore plus nos doigts dans le système. 

Si nous transposons cette image au comportement alimentaire, la pratique du régime est le piège à doigts Chinois. Face à la perte de contrôle sur leur alimentation, le régime tente de résoudre le problème de poids. 

Cela fonctionne pendant les premiers temps. Ce système sera perturbé par des déclencheurs émotionnels qui viendront effondrer la pratique du régime conduisant à l'échec et à l'abandon. Par réflexe, le sujet va à nouveau réduire son alimentation pour perdre le poids repris (et voire plus). 

Plus le patient se sous-alimente, plus les obsessions alimentaires s’installent avec une peur grandissante de grossir tant la restriction est sévère. Cette sous alimentation est à l'origine des pulsions de faim qui sont à différencier des crises de "binge eating". La crise de "bintje eating" a pour déclencheur la gestion des émotions. Dès lors, il y a confusion entre les signaux du corps; la régulation de la sensation de faim et des émotions. La gestion des émotions deviennent les facteurs de rechute et de maintien de la problématique. La distinction de ces événements est une clef essentielle du traitement. 

De cette confusion faim/émotions naissent des stratégies inconscientes pour lutter contre la faim. Le bénéfice secondaire est majeur, lutter contre la faim permet le maintient ou la perte de poids: "Si je mange, j'ai des sensations de faim, si je ne mange pas la sensation de faim disparaît au bout de quelques minutes"; "Si je contrôle ce déclencheur alors je peux perdre du poids". Je qualifie ces attitudes d'expériences négatives, toutes stratégies visent à réduire la perception de la sensation de faim dans le but de lutter contre les signaux de son corps. C'est le clivage tête/corps dans lequel la tête prend les commandes sur le corps, le corps est donc réduit au silence.

Lors d'une sensation de faim, le patient ressent un danger et cherche à effacer le plus rapidement cette sensation.

La stratégie inconsciente de lutte contre la faim se traduit par une réponse classique: "Je n'ai jamais faim". Cette phrase est un levier thérapeutique. Il est important d'aller explorer ces stratégies: boire des boissons toute la journée, augmenter son investissement dans un travail intellectuel ou encore sportif. Par adaptation physiologique, glycogénolyse, néoglucogenèse et cétogenèse, les perceptions de faim vont disparaître. C'est un bénéfice secondaire considérable pour les patients. 

Pour lutter contre les pensées, le patient développe aussi des stratégies qui peuvent être des échecs; prenons l'expérience de "l'ours blanc"; à la première demande du thérapeute de "ne penser pas à l'ours blanc", je le vois apparaître dans ma tête. Pour le supprimer je dépense une énergie importante qui m'amène à l'abandon de la lutte. La vision est de plus en plus intense et le rend encore plus présent. 

Nous voilà bloqués entre la non perte de poids, les obsessions alimentaires et la peur de plus en plus intense de grossir. Le plaisir alimentaire sera réservé dans des moments de crise alimentaire. Le régime devient la seule et unique solution pour les patients.

 

Un cercle vicieux entre "Espoir et Déception"

Oui, le régime a sa place mais mis en place sur ce mode de fonctionnement il conduit à vivre mal .Être dans l’espoir ou dans l’espérance de trouver une image corporelle satisfaisante nous fait rêver du futur et prenant conscience de ce que l'on est pas; "qu'est-ce que je serais heureux si je me sentais bien dans mon corps!". Cet espoir qui nous emmène dans un avenir proche nous "remplit" de souffrance car nous sommes différents de ce que l’on imagine.  Plus cette souffrance augmente, plus je m’obsitne à vouloir modifier mon alimentation. De ce décalage apparaît une souffrance qui va être le moteur de la mise en place, logique pour le patient, d’un régime alimentaire. Depuis de nombreuses années, face à cette souffrance, les régimes sont proposés comme unique réponse et sont souvent "administrés" par les "assietologues", qui prolongent la problématique dans l'assiette. Le régime est cadre rassurant car les repas suivants sont déjà pré-définies avec des aliments et une alimentation calibrée, évitant toutes questions sur les apports énergétiques des aliments ou ceux qui font grossir. Ce changement d’attitudes alimentaires est certainement justifié pour améliorer l'image corporelle et "nourrit" l'espoir de maigrir. 

La déception est au rendez-vous, après quelques semaines fructueuses et remplies de réussite, lorsque la balance ne bouge plus ou lorsque le patient veut perdre plus de poids. 

La déception est si grande, car elle est liée à divers sentiments dont l’échec, nous conduit à réguler nos émotions par tous les moyens possibles, les plus efficaces sont bien sûr ceux qui ont un lien avec l’oralité. De la, un nouvel espoir naît après la culpabilité d’avoir trop mangé ou de s’être laissé aller. 

Le fait d’être dans un espoir nous coupe du moment présent et nous empêche de tendre l’oreille vers ce qui serait bon pour nous. La conclusion est sans appel, elle nous fait osciller entre l’espoir et la déception dont le balancier est le régime.

 

Quelles solutions? 

La stratégie qui vise à anticiper les repas conduit aux échecs. 

Il y a un conflit interne, entre le moment du repas ou d’une prise alimentaire et les règles que l’on s’est fixées. Ce conflit interne conduit à une augmentation de la tension psychologique, avec une bataille comme les échecs, les blancs contre les noirs ou le corps VS la tête. Cette lutte qui se crée conduit à l’abandon de l’un des deux adversaires. 

Deux issues; l'une qui renforce le fait de résister à la faim et mes envies alimentaires et augmentant la sensation de contrôle de soi, l’autre situation, vécue comme négative par l'abandon de la lutte et passage à l'acte. Nous consommons l'aliment que nous avions tant convoité. Cet abandon est considéré comme un échec menant à une diminution de l’estime de soi et au renforcement du système de régime.

Mais vaincre ses pulsions alimentaires est-il un aboutissement de la gestion de nos désirs ?

Être observateur de ses désirs, les comprendre, les appréhender, les accepter peut conduire à une découverte de soi, dans laquelle la personne devient décideur de ses choix. En prenant cette décision, le sentiment personnel de confiance en soi est augmenté. La personne coordonne ses actions avec ses valeurs.

A la différence de celle qui augmente le sentiment de contrôle sur soi, qui étouffe tous nos désirs et nous empêche de choisir de vivre ou non le désir. Ceci conduit inexorablement à une rechute certaine, car elles nous éloignent et nous coupent de ce qui est bon pour nous, créant une fausse estime de soi. Il y a confusion entre estime de soi et augmentation du contrôle. 

La solution au casse tête est de pousser ses doigts l'un vers l'autre pour pouvoir les dégager. C'est-à-dire affronter, accepter et analyser les situations pour se découvrir.

Appréhender ses propres sensations de faim et connaître le fonctionnement de son corps devient une expérience du trouble alimentaire.

Ceci pose la question des pratiques professionnelles et des cursus scolaires des diététiciens et des personnes qui sont en lien étroit avec l'épanouissement de l'enfant (milieu scolaire, sportif, éducatif…). La critique de l'image corporelle souvent pratiquée conduit à des manipulations de poids pour répondre aux attentes sociales et parfois familiales. 

L'arrêt des régimes et l'acceptation sont des clefs essentielles dans la rémission des personnes souffrante de troubles alimentaires.

 

Le site web de Nicolas Sahuc: www.nicolassahuc.frlink

 

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